Circulez, y a rien à voir

Sources : bénévole Utopia dans le bidonville, réunion interasso du mercredi soir

Incendies

« 5 heures du mat’ j’ai des frissons », eux aussi. Ils sont encore une trentaine à attendre sous le pont ce mercredi matin, alors que le jour se lève, délogés par les feux de la nuit. C’est la bonne heure pour que la préfète pointe le bout de son nez, et refuse de reloger dans le SAS ceux qui sont encore à l’extérieur de la jungle, SAS qui comporte pourtant 200 lits de camp.. Seuls les mineurs y ont accès, une petite dizaine de personnes, triés au faciès.

En milieu de matinée de nouveaux feux se déclarent. Rien à voir avec ce qui a pu se passer précédemment, depuis le centre ville de Calais on observe le ciel qui s’assombrit, vague noire qui avale l’air bleu derrière le beffroi ; « de l’intérieur tu ne vois pas le ciel, tout est noir, il pleut des cendres ». Marilyne Baumard parle d’un « Pompéi », d’autres évoquent des scènes de vie au milieu des décombres, un homme en tongs se brosse les dents devant ce qu’il reste d’un shelter, des tables avec le couvert mis pour le premier repas de la journée intactes. Beaucoup sont ceux qui ont décidé de partir à ce moment précis. Beaucoup sont ceux qui saluent de la tête, leur sac sur le dos, se justifiant par un « jungle finished ».

Interrogations : le dispositif de sécurité mis en place rue des mouettes le premier jour du démantèlement était plutôt fourni, c’est un euphémisme. Où sont passés tous les camions de pompiers qui stationnaient là ? Aussi, les pompiers qui ont été appelés sont arrivés vers 11h, mais n’ont commencé à intervenir qu’à 12h30. Que s’est-il passé ? Seuls deux camions incendie sont rentrés dans sur la Lande, par la route du chemin des dunes, deux camions pour un camp d’alors 5 000 habitants, en flammes. Tout va bien. Les images qu’on en retient sont celles de déploiement de CRS poussant tout le monde hors du camp, pas une seule image de pompiers à l’œuvre. A partir de quel moment décide-t-on d’envoyer des forces de police plutôt que des médecins, des avocats et des sauveteurs ?

Sur la façon dont ont été traités ces événements dans les médias, on constate un manque cruel de culture et d’honnêteté, une tendance à dénoncer à la va-vite. Incendies criminels. Oui mais. Qui sont les coupables ? On ne met pas feu à des habitations dans lesquelles dorment ou déjeunent des voisins par tradition, non, n’en déplaise à Mme Buccio.

(http://www.liberation.fr/debats/2016/11/04/bruler-son-abri-un-rituel-des-migrants_1526149)Comme l’a très justement fait remarquer Mr Lenoir le matin même sur une grande chaine de direct, (ai-je besoin de préciser que le très justement est teinté d’ironie?), ceux qui restaient sur le bidonville vont devoir prendre une décision, difficile de rester dans ces conditions.

La question que l’on se pose alors légitimement est la suivante : qui avait intérêt à faire brûler une bonne partie du bidonville ? Le démantèlement était annoncé comme se déroulant sur trois jours. Au matin du troisième jour il reste toujours des centaines de personnes sur la Lande, puis les flammes. Autant de shelters que les engins de chantier n’auront pas à détruire car déjà partis en fumée.

Comme on peut le lire sur Passeurs d’hospitalité, sur Libération et autres, quoi qu’en dise la préfète le soir même, il reste du monde sur le bidonville, à commencer par la centaine de mineurs qui dormira en dehors des containeurs, faute de place, plusieurs nuits de suite, hors de tout cadre légal imposé par la protection de l’enfance.

(https://passeursdhospitalites.wordpress.com/2016/10/29/destruction-du-bidonville-le-point-sur-les-mineurs/,https://passeursdhospitalites.wordpress.com/2016/10/27/destruction-du-bidonville-des-mineurs-emmenes-de-force/ )

Quid de tous ceux qui auront fui le bidonville parce qu’il ne voulaient pas partir en CAO ? Le nombre de contrôle au faciès à la gare de Calais Ville, à celle de Calais Frethun, et dans les rues du centre parle de lui-même. Les arrestations n’ont cessé de se multiplier, aller direct pour le CRA (Centre de Rétention Administratif) de Coquelles en prime.

Lgut