Les faits (basé sur les témoignages directs de Nawal, une bénévole de l’association Utopia56, et de deux français se trouvant à l’intérieur du camp pendant la totalité du démantèlement)

Le mardi 25

Situation des mineurs, « Garder le sens de l’humain »

8h05, ouverture des portes du SAS. Beaucoup attendent depuis l’aurore, soit déjà plusieurs heures. On demande aux nombreux mineurs présents de s’asseoir, autour d’eux des gendarmes forment un cordon, derrière, journalistes et photographes ont libre accès aux visages défaits des jeunes ; ça ne dure pas longtemps, refusant de rester immobiles sur le sol froid, ils se lèvent, un gendarme crie « If you push, I push ».

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L’association Care for Calais tente de les mettre en file, mouvement de foule, on les fait se rasseoir, de force, cette fois ce sont les gendarmes qui s’y collent. On referme les porte du SAS. On ne sait plus trop qui fait quoi, sur son fil d’actu facebook Nawal écrit « Care for Calais joue le rôle des gendarmes ». 9h du matin, aucun mineur n’est encore entré dans le SAS, pas d’éducateur, d’accompagnateur. Un homme et une femme non identifiés se chargent de convaincre les majeurs présents dans la file des mineurs (mais comment faire la différence ?!) de changer de file. Une heure plus tard léger mouvement de foule, rebelote, on fait asseoir les jeunes une fois encore, à la différence près que des sacs leurs sont distribués par les bénévoles de Care for Calais. Les choses se corsent, on entoure les mineurs au sol de barrières, et on ne laisse intégrer le nouveau périmètre qu’à ceux qui se soumettent à une évaluation au faciès de leur minorité. Ce sont alors les gendarmes qui « font le tri », se justifiant, un déclare même « ceux de la préfecture, ils ont jugé au faciès aussi ». Tout est normal donc, « eh, eux aussi ils l’ont fait m’sieur ». Un autre gendarme affirme « quand c’est flagrant que la personne est majeure, on ne laisse pas passer », vous m’expliquerez comment vous faites pour reconnaître, parmi les visages précocement vieillis par les épreuves quotidiennes, ceux qui ont plus de 18 ans. Il faut attendre qu’un gamin crie en anglais qu’ils ont besoin d’eau pour que les bénévoles de Care for Calais en amènent, il est presque 11h. Certains sont assis par terre depuis près d’une heure et demie, d’autres finissent par se lever pour demander l’accès aux toilettes, des gendarmes les accompagnent dans le champ situé jute derrière. Un jeune kurde irakien de 17 ans demande à Nawal « quand est-ce qu’on va partir. Je suis là avec mes amis depuis 5 heures du matin« . A presque midi, aucune collation n’a été proposée aux enfants, Nawal écrit « Un gendarme près des bambinos à son doigt sur la gâchette de son fusil à flash ball. », enfin, les bénévoles de Care for Calais distribuent quelques gâteaux. Ces jeunes ne rentreront dans le SAS qu’aux environs de 13h, certains ont passés la nuit sur le trottoir dans l’espoir de rentrer dans les premiers. Certains préfèrent retourner dans le bidonville, épuisés.

Quid du droit à l’image ?

Quid des droits garantis en théorie sur le sol français, avec ou sans papiers, par la Protection de l’enfance ? On a créé ce matin un enclos, un enclos où l’on a enfermé des gosses, des gosses qui ont été « triés », comme des sacs de patates. Des gosses.

14h, Salam, qui contrairement à Care for Calais est une association mandatée par l’Etat distribue enfin des repas (sandwich, eau, pomme). Deux heures plus tard, après tumultes et bousculades on clot les enregistrements des mineurs, qui, pourtant, sont censés avoir lieu jusqu’à 20h, et on leur demande de revenir le lendemain.

Notons ici que ces mineurs ont fait la queue pour se voir attribuer un bracelet qui leur permettrait de dormir dans le CAP le soir même, pas de départ en bus pour eux, les centres spécialisés pour mineurs étrangers isolés n’ont pas encore ouvert. On cherche toujours le « sens de l’humain » promit par Mr François Hollande.

Inside

Mardi, tout a commencé à s’accélérer, en début d’après midi un groupe d’ouvriers commence, à la main, la destruction des premiers shelters. Tout les journalistes sont autour, en train de filmer, on considère qu’il en est fini des mineurs. La présence policière devient de plus en plus dense dans le camp, des groupes d’officiers de la BAC circulent, assez équipés, grenades (de désencerclement?) à la ceinture. A 17h un incendie se déclenche, encore. Pour la première fois depuis le début du démantèlement, les pompiers rentrent dans le camp. Situation tendue, beaucoup de réfugiés se massent autour des CRS et des pompiers. On apprend dans la soirée que toute personne étrangère aux lieux, pass ou pas pass, n’est plus autorisée sur la zone à partir de la tombée de la nuit. Les forces de police commencent à empêcher les journalistes d’entrer.

Chronique d’un incendie

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Première partie de soirée, à 23h un gros feu a déjà bien pris, les restos commencent à flamber, les pompiers sont sur place. Vers minuit c’est dans le coin des Afghans que ça prend, puis de nombreux foyers se multiplient un peu partout. Une demie-heure plus tard le feu semble être maîtrisé. Une heure plus tard, plus personne n’est en train de combattre les flammes, pourtant rien n’est vraiment éteint. Déjà des réfugiés se massent sous le pont de l’autoroute, en retrait des incendies, certains sortent les caravanes et les installent dans le No man’s land, la bande des 100 mètres séparant le bidonville de l’autoroute. Vers 3h du matin, les pompiers reviennent, escortés par les CRS, tout brûle. Une heure plus tard, on entendra les forces de police affirmer que la zone est « sécurisée », et aller réveiller ceux qui se sont réfugiés sur cette fameuse bande, style, vous pouvez rentrer dans le camp. C’est alors que la grande mosquée prend feu. Pas vraiment de dispositif sérieux mis en place pour sauver les shelters et les tentes, les restaurants de la main street. Vers 3h30 tout était plié, on faisait re-rentrer les gens dans le camp. La police judiciaire fait des tours, sur fond de bouteilles de gaz qui explosent. Ambiance.

Lgut