France, septembre 2016

Familles inquiètes, ami.es de longue date, proches lointains et lointains proches, camarades croisé.es brièvement, inconnu.es tombés ici par hasard, lecteurs et lectrices assoiffé.es de récits, géographes ou non, voyageur.ses ou non, sympathiques ou non, nomades ou sédentaires, aventureux.ses ou casanier.es, personnes ayant un quelconque pouvoir de décision ou pauvres inactifs frustrés, utopistes invétéré.es ou cyniques désespéré.es, ardent.es révolutionnaires ou paisibles pantouflard.es, personnes ne souhaitant pas se prononcer,

Dérouté.es et déraciné.es en tous genres,

Bienvenue !

Nous sommes Sarah et Sophie, deux étudiantes en géographie à l’ENS de Lyon. Nous avons décidé de prendre une année de césure après notre licence afin de voyager et de questionner un sujet qui nous tenait à coeur.

Notre projet est de prendre « à l’envers » une des routes les plus empruntées par les migrants. L’idée est de partir de nous, de notre expérience avec les migrants en France, pour essayer de remonter au plus près de ce qui les amène à se risquer dans un voyage si périlleux : une démarche à la fois thématique et spatiale. Car notre voyage n’est pas tant « à l’envers« , qu’ « allant vers » les autres, les citoyens européens comme les exilés dont nous suivons la route.

Notre périple de trois mois débutera donc à Calais, début octobre 2016. Nous prévoyons d’emprunter ensuite la route des Balkans (Italie, Slovénie, Croatie, Hongrie, Serbie, Macédoine), qui nous conduira vers la Grèce, puis la Turquie, et peut-être même au-delà. Nous voyagerons principalement en stop, et logerons chez l’habitant, afin de faire le maximum de rencontres, en bonnes roots que nous sommes.

Ce blog est pour nous l’occasion de réaliser des reportages sur notre voyage, de publier nos écrits, nos photographies, nos rencontres et nos découvertes, afin qu’il devienne un lien avec tous ceux qui nous liront, et qu’il puisse donner un témoignage de terrain, un certain regard, à ceux qui s’intéressent à la question très complexe de l’accueil des migrants en Europe.

Sur ce blog, comme les liens qui se tissent sur la route, les voix s’entremêlent et créent ainsi un ouvrage polyphonique : ainsi se joint à nos observations l’expérience de Louise, bénévole à Calais pendant deux mois et demi et présente sur les lieux pendant le démantèlement, et présente à Paris au moment de la création de nouveaux camps de transits dans la capitale, et qui, depuis la France, propose un écho permanent en actualité avec ce que nous vivons à l’autre bout de l’Europe. La voix d’Adèle accompagne également la nôtre puisque nous avons vécu ensemble un mois à l’Hôtel City Plaza à Athènes, partageant notre chambre dans le squat, nos activités de « solidaires internationales », et nos réflexions sur cette expérience commune, nouvelle et extrêmement enrichissante pour nous trois.

Le nom de notre blog revêt de nombreux sens, car il se trouve au carrefour de plusieurs idées importantes pour nous : nous ne sommes pas tant en déroute que nous empruntons des routes ; et, plus intéressant, il s’agit à la fois de sortir des sentiers battus, d’emprunter un chemin à contre-courant, et de vivre ces routes que nous empruntons régulièrement sans réfléchir, comme citoyens européens, de manière différente : tout cela, nous le regroupons sous le concept de dé-route, comme pour changer notre regard, « faire un pas de côté« , comme le propose l’An 01. Ce qui nous poussera sans doute, à de nombreuses reprises, à être déroutées (et dé-routées) par ce et ceux que nous recontrerons au cours de notre voyage.

Par ailleurs, le jeu de mot autour de « root » était important, car les migrants sont, entre bien d’autres choses, des déracinés (uprooted), qui ont dû abandonner derrière eux leur pays d’origine, tous leurs repères, leurs familles et amis, pour se plonger dans un univers radicalement différent, où tout est bouleversé ; mais nous aussi, en faisant l’expérience de l’itinérance, nous cherchons à nous déraciner de notre quotidien, à nous arracher à notre routine (rootine ?) pour connaître ce bouleversement humain qui provoque la rencontre avec l’autre.

Finalement, donner d’autres sens au mot déroute, c’est aussi repoétiser le langage quotidien, et cela nous incite à changer notre regard sur les choses, sur les paysages, et sur les personnes que nous rencontrons.

Maintenant que vous connaissez notre projet, vous aussi, à la lecture de ce blog, faites un pas de côté, et laissez-vous dérouter, dé-router et dé-root-er, dans tous les sens où vous l’entendez ! Bonne lecture !